Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/384

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Le comte attacha sur Noël un regard gros de défiance.

— Que pouvons-nous désormais pour Albert ? demanda-t-il.

— Quoi ! monsieur, s’écria Noël avec feu, voudriez-vous l’abandonner lorsqu’il ne lui reste plus un ami au monde ? Mais il est votre fils, monsieur ; il est mon frère, il a porté trente ans le nom de Commarin. Tous les membres d’une famille sont solidaires. Innocent ou coupable, il a le droit de compter sur nous et nous lui devons notre concours.

C’était encore une de ses opinions que le comte retrouvait dans la bouche de son fils, et cette seconde rencontre le toucha.

— Qu’espérez-vous donc, monsieur ? demanda-t-il.

— Le sauver, s’il est innocent, et j’aime à me persuader qu’il l’est. Je suis avocat, monsieur, et je veux être son défenseur. On m’a dit parfois que j’avais du talent, pour une telle cause, j’en aurai. Oui, si fortes que soient les charges qui pèsent sur lui, je les écarterai ; je dissiperai les doutes ; la lumière jaillira à ma voix ; je trouverai des accents nouveaux pour faire passer ma conviction dans l’esprit des juges. Je le sauverai, et ce sera ma dernière plaidoirie.

— Et s’il avouait, objecta le comte, s’il avait avoué ?

— Alors, monsieur, répondit Noël d’un air som-