Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/386

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


abandonner à son lit de mort celle qui m’a servi de mère ?

— Valérie ! murmura le comte.

Il s’accouda sur le bras de son grand fauteuil, le front dans ses mains ; il songeait à ce passé tout à coup ressuscité.

— Elle m’a fait bien du mal, reprit-il, répondant à ses pensées ; elle a troublé ma vie, mais dois-je être implacable ? Elle meurt de l’accusation qui pèse sur Albert, sur notre fils. C’est moi qui l’ai voulu ! Sans doute, à cette heure suprême, un mot de moi serait pour elle une immense consolation. Je vous accompagnerai, monsieur.

Noël tressaillit à cette proposition inouïe.

— Oh ! monsieur, fit-il vivement, épargnez-vous, de grâce, un spectacle déchirant ! Votre démarche serait inutile. Madame Gerdy existe probablement encore, mais son intelligence est morte. Son cerveau n’a pu résister à un choc trop violent. L’infortunée ne saurait ni vous reconnaître ni vous entendre.

— Allez donc seul, soupira le comte, allez mon fils ! Ce mot « mon fils » prononcé avec une intonation notée sonna comme une fanfare de victoire aux oreilles de Noël sans que sa réserve compassée se démentît.

Il s’inclina pour prendre congé, le gentilhomme lui fit signe d’attendre.