Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/390

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Près de l’âtre où flambait un grand feu, une religieuse de l’ordre de Saint-Vincent-de-Paul était accroupie, guettant l’ébullition d’une bouilloire.

C’était une femme encore jeune, au visage replet plus blanc que ses guimpes. Sa physionomie d’une immobile placidité, son regard morne, trahissaient en elle tous les renoncements de la chair et l’abdication de la pensée. Ses jupes de grosse étoffe grise se drapaient autour d’elle en plis lourds et disgracieux. À chacun de ses mouvements son immense chapelet de buis teint surchargé de croix et de médailles de cuivre s’agitait et traînait à terre avec un bruit de chaînes.

Sur un fauteuil, vis-à-vis du lit de la malade, le docteur Hervé était assis, suivant en apparence avec attention les préparatifs de la sœur. Il se leva avec empressement à l’entrée de Noël.

— Enfin, te voici ! exclama-t-il en donnant à son ami une large poignée de main.

— J’ai été retenu au Palais, dit l’avocat, comme s’il eût senti la nécessité d’expliquer son absence, et j’y étais, tu peux le penser, sur des charbons ardents.

Il se pencha à l’oreille du médecin et, avec un tremblement d’inquiétude dans la voix, il demanda :

— Eh bien ?

Le docteur hocha la tête d’un air profondément découragé.