Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/393

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— Voilà qui est fini, disait le docteur, nous allons attendre l’effet des sinapismes. Si elle les sent, ce sera bon signe ; s’ils n’agissent pas, nous essayerons les ventouses.

— Et si elles n’agissent pas non plus ?

Le médecin ne répondit que par ce geste d’épaules qui traduit la conviction d’une impuissance absolue.

— Je comprends ton silence, Hervé, murmura Noël. Hélas ! tu me l’as dit cette nuit ; elle est perdue.

— Scientifiquement, oui. Pourtant, je ne désespère pas encore. Tiens, il n’y a pas un an, le beau-père d’un de nos camarades s’est tiré d’un cas identique. Et je l’ai vu bien autrement bas : la suppuration avait commencé.

— Ce qui me navre, reprit Noël, c’est de la voir en cet état. Faudra-t-il donc qu’elle meure sans recouvrer un instant sa raison ? Ne me reconnaîtra-t-elle pas, ne prononcera-t-elle plus une parole ?

— Qui sait ! Cette maladie, mon pauvre vieux, est faite pour déconcerter toutes les prévisions. D’une minute à l’autre les phénomènes peuvent varier, suivant que l’inflammation affecte telle ou telle partie de la masse encéphalique. Elle est dans une période d’abolition des sens, d’anéantissement de toutes les facultés intellectuelles, d’assoupissement, de paralysie ; il se peut que demain elle soit prise de con-