Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/405

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d’ici trois mois vous aurez usé vos dernières ressources. Ne faites donc pas non, comme cela. Vous êtes dans une de ces situations qu’on prolonge à tout prix. Vous brûleriez le bois du lit de votre mère mourante pour lui chauffer les pieds, à cette créature. Où avez-vous pris les dix mille francs que vous lui avez remis l’autre soir ? Qui sait ce que vous allez tenter pour vous procurer de l’argent ? L’idée de la garder quinze jours, trois jours, un jour de plus peut vous mener loin. Ouvrez l’œil. Je connais ce jeu-là, moi. Si vous ne lâchez pas Juliette, vous êtes perdu. Écoutez un bon conseil, gratis : il vous faudra toujours la quitter, n’est-ce pas, un peu plus tôt, un peu plus tard ? Exécutez-vous aujourd’hui même.

Voilà comment il est, ce digne Clergeot, il ne mâche pas la vérité à ses clients quand ils ne sont pas en mesure. S’ils sont mécontents, tant pis ! sa conscience est en repos. Ce n’est pas lui qui prêterait jamais les mains à une folie.

Noël n’en pouvait tolérer davantage, sa mauvaise humeur éclata.

— En voilà assez ! s’écria-t-il d’un ton résolu. Vous agirez, monsieur Clergeot, à votre guise ; dispensez-moi de vos avis, je préfère la prose de l’huissier. Si j’ai risqué des imprudences, c’est que je puis les réparer, et de façon à vous surprendre. Oui, M. Clergeot, je puis trouver vingt-deux mille francs, j’en