Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/406

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aurais cent mille demain matin, si bon me semblait ; il m’en coûterait juste la peine de les demander. C’est ce que je ne ferai pas. Mes dépenses, ne vous en déplaise, resteront secrètes comme elles l’ont été jusqu’ici. Je ne veux pas qu’on puisse soupçonner ma gêne. Je n’irai pas, par amour pour vous, manquer le but que je poursuis, le jour même où j’y touche.

— Il se rebiffe, pensa l’usurier, il est moins bas percé que je ne croyais.

— Ainsi, continua l’avocat, portez vos chiffons chez l’huissier. Qu’il poursuive. Mon portier seul le saura. Dans huit jours, je serai cité au tribunal de commerce et j’y demanderai les vingt-cinq jours de délai que les juges accordent à tout débiteur gêné. Vingt-cinq et huit, dans tous les pays du monde, font trente-trois jours. C’est précisément le répit qui m’est nécessaire. Résumons-nous : acceptez de suite une lettre de change de vingt-quatre mille francs à six semaines, ou… serviteur, je suis pressé, passez chez l’huissier.

— Et dans six semaines, répondit l’usurier, vous serez en mesure exactement comme aujourd’hui. Et quarante-cinq jours de Juliette, c’est des louis…

— Monsieur Clergeot, répliqua Noël, bien avant ce temps ma position aura changé du tout au tout. Mais je vous l’ai dit, ajouta-t-il en se levant, mes instants sont comptés…

— Minute donc, homme de feu ! interrompit le