Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/409

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Noël prêta l’oreille pour être bien sûr que l’usurier s’éloignait décidément.

Lorsqu’il entendit son pas traînard dans l’escalier :

— Canaille ! s’écria-t-il, misérable, voleur, vieux fesse-Mathieu ! s’est-il fait assez tirer l’oreille ! C’est qu’il était décidé à poursuivre ! Cela m’aurait bien posé dans l’esprit du comte, s’il était venu à savoir !… Vil usurier ! J’ai craint un moment d’être obligé de tout lui dire !…

En continuant de pester et de jurer contre son banquier, l’avocat tira sa montre.

— Cinq heures et demie déjà ! fit-il.

Son indécision était très grande. Devait-il aller dîner avec son père ? Pouvait-il quitter madame Gerdy ? Le dîner de l’hôtel de Commarin lui tenait bien au cœur, mais, d’un autre côté, abandonner une mourante !…

— Décidément, murmura-t-il, je ne puis m’absenter.

Il s’assit devant son bureau et en toute hâte écrivit une lettre d’excuse à son père. Madame Gerdy, disait-il, pouvait rendre le dernier soupir d’une minute à l’autre, il tenait à être là pour le recueillir.

Pendant qu’il chargeait sa domestique de remettre ce billet à un commissionnaire qui le porterait au comte, il parut frappé d’une idée subite.

— Et le frère de madame, demanda-t-il, sait-il qu’elle est dangereusement malade ?