Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/420

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intérêt à la mort de la veuve Lerouge : Albert, madame Gerdy et le comte de Commarin. Il m’est démontré qu’Albert ne peut être coupable, ce n’est pas madame Gerdy, que l’annonce inopinée du crime de La Jonchère tue ; reste le comte. Serait-ce lui ? Alors, il n’a pas agi lui-même. Il a payé un misérable, et un misérable de bonne compagnie, s’il vous plaît, portant fines bottes vernies d’un bon faiseur et fumant des trabucos avec un bout d’ambre. Ces gredins si bien mis manquent de nerf ordinairement. Ils filoutent, ils risquent des faux, ils n’assassinent pas. Admettons pourtant que le comte ait rencontré un lapin à poil. Il aurait tout au plus remplacé un complice par un autre plus dangereux. Ce serait idiot, et le comte est un maître homme. Donc il n’est pour rien dans l’affaire. Pour l’acquit de ma conscience, je verrai cependant de ce côté.

Autre chose : la veuve Lerouge, qui changeait si bien les enfants en nourrice, pouvait fort bien accepter quantité d’autres commissions périlleuses. Qui prouve qu’elle n’a point obligé d’autres personnes ayant aujourd’hui intérêt à s’en défaire ? Il y a un secret, je brûle, mais je ne le tiens pas. Ce dont me voici sûr, c’est qu’elle n’a pas été assassinée pour empêcher Noël de rentrer dans ses droits. Elle a dû être supprimée pour quelque cause analogue, par un solide et éprouvé coquin ayant les mobiles que je soupçonnais à Albert. C’est dans ce sens que je