Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/421

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dois poursuivre. Et avant tout, il me faut la biographie de cette obligeante veuve, et je l’aurai, car les renseignements demandés à son lieu de naissance seront probablement au parquet demain.

Revenant alors à Albert, le père Tabaret pesait les charges qui s’élevaient contre ce jeune homme et évaluait les chances qui lui restaient.

— Au chapitre des chances, murmurait-il, je ne vois que le hasard et moi, c’est-à-dire zéro pour le moment. Quant aux charges, elles sont innombrables. Cependant, ne nous montons pas la tête. C’est moi qui les ai amassées, je sais ce qu’elles valent. À la fois tout et rien. Que prouvent des indices, si frappants qu’ils soient, en ces circonstances où on doit se défier même du témoignage de ses sens ! Albert est victime de coïncidences inexplicables, mais un mot peut les expliquer. On en a vu bien d’autres ! C’était pis dans l’affaire de mon petit tailleur. À cinq heures il achète un couteau qu’il montre à dix de ses amis en disant : — « Voilà pour ma femme, qui est une coquine et qui me trompe avec mes garçons. » Dans la soirée, les voisins entendent une dispute terrible entre les époux, des cris, des menaces, des trépignements, des coups, puis subitement tout se tait. Le lendemain, le tailleur avait disparu de son domicile et on trouve la femme morte avec ce même couteau enfoncé jusqu’au manche entre les deux épaules. Eh bien ! ce n’était pas le mari qui l’y avait planté,