Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/422

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c’était un amant jaloux. Après cela, que croire ? Albert, il est vrai, ne veut pas donner l’emploi de sa soirée. Ceci ne me regarde pas. La question pour moi n’est pas d’indiquer où il était mais de prouver qu’il n’était point à La Jonchère. Peut-être est-ce Gévrol qui est sur la bonne piste. Je le souhaite du plus profond de mon cœur. Oui, Dieu veuille qu’il réussisse ! Qu’il m’accable après des quolibets les plus blessants, ma vanité et ma sotte présomption ont bien mérité ce faible châtiment. Que ne donnerais-je pas pour le savoir en liberté ! La moitié de ma fortune serait un mince sacrifice. Si j’allais échouer ! Si, après avoir fait le mal, je me trouvais impuissant pour le bien !…

Le père Tabaret se coucha, tout frissonnant de cette dernière pensée.

Il s’endormit, et il eut un épouvantable cauchemar.

Perdu dans la foule ignoble, qui, les jours où la société se venge, se presse sur la place de la Roquette, et se fait un spectacle des dernières convulsions d’un condamné à mort, il assistait à l’exécution d’Albert. Il apercevait le malheureux, les mains liées derrière le dos, le col de sa chemise rabattu, gravissant appuyé sur un prêtre les roides degrés de l’échelle de l’échafaud. Il le voyait debout sur la plate-forme fatale, promenant son fier regard sur l’assemblée terrifiée. Bientôt les yeux du condamné