Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/423

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rencontraient les siens, et, ses cordes se brisant, il le désignait, lui, Tabaret, à la foule, en disant d’une voix forte : « Celui-là est mon assassin ! » Aussitôt une clameur immense s’élevait pour le maudire. Il voulait fuir, mais ses pieds étaient cloués au sol ; il essayait de fermer au moins les yeux, il ne pouvait, une force inconnue et irrésistible le contraignait à regarder. Puis Albert s’écriait encore : « Je suis innocent, le coupable est… » Il prononçait un nom, la foule répétait ce nom, et il ne l’entendait pas, il lui était impossible de le retenir. Enfin la tête du condamné tombait…

Le bonhomme poussa un grand cri et s’éveilla trempé d’une sueur glacée. Il lui fallut un peu de temps pour se convaincre que rien n’était réel de ce qu’il venait de voir et d’entendre, et qu’il se trouvait bien chez lui, dans son lit. Ce n’était qu’un rêve ! Mais les rêves, parfois, sont, dit-on, des avertissements du ciel. Son imagination était à ce point frappée, qu’il fit des efforts inouïs pour se rappeler le nom du coupable prononcé par Albert. N’y parvenant pas, il se leva et ralluma sa bougie ; l’obscurité lui faisait peur, la nuit se peuplait de fantômes. Il n’était plus pour lui question de sommeil. Obsédé par ses inquiétudes, il s’accablait des plus fortes injures et se reprochait amèrement des occupations qui jusqu’alors avaient fait ses délices. Pauvre humanité !