Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/424

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Il était fou à lier évidemment le jour où il s’était mis en tête d’aller chercher de l’ouvrage rue de Jérusalem. Belle et noble besogne, en vérité, pour un homme de son âge, bon bourgeois de Paris, riche et estimé de tous ! Et dire qu’il avait été fier de ses exploits, qu’il s’était glorifié de sa subtilité, qu’il avait vanté la finesse de son flair, qu’il tirait vanité de ce sobriquet ridicule de Tirauclair ! Vieil idiot ! qu’avait-il à gagner à ce métier de chien de chasse ! Tous les désagréments du monde et le mépris de ses amis, sans compter le danger de contribuer à la condamnation d’un innocent. Comment n’avait-il pas été guéri par l’affaire du petit tailleur !

Récapitulant les petites satisfactions obtenues dans le passé et les comparant aux angoisses actuelles, il se jurait qu’on ne l’y prendrait plus. Albert sauvé, il chercherait des distractions moins périlleuses et plus généralement appréciées. Il romprait des relations dont il rougissait, et, ma foi ! la police et la justice s’arrangeraient sans lui.

Enfin, le jour qu’il attendait avec une fébrile impatience parut.

Pour user le temps, il s’habilla lentement, avec beaucoup de soin, s’efforçant d’occuper son esprit à des détails matériels, cherchant à se tromper sur l’heure, regardant vingt fois si sa pendule n’était pas arrêtée.