Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/425

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Malgré toutes ces lenteurs, il n’était pas huit heures lorsqu’il se fit annoncer chez le juge, le priant d’excuser en faveur de la gravité des motifs une visite trop matinale pour n’être pas indiscrète.

Les excuses étaient superflues. On ne dérangeait pas M. Daburon à huit heures du matin. Déjà il était à la besogne. Il reçut avec sa bienveillance habituelle le vieux volontaire de la police, et même le plaisanta un peu de son exaltation de la veille. Qui donc lui aurait cru les nerfs si sensibles ! Sans doute la nuit avait porté conseil. Était-il revenu à des idées plus saines, ou bien avait-il mis la main sur le vrai coupable ?

Ce ton léger, chez un magistrat qu’on accusait d’être grave jusqu’à la tristesse, navra le bonhomme. Ce persiflage ne cachait-il pas un parti pris de négliger tout ce qu’il pourrait dire ? Il le crut, et c’est sans la moindre illusion qu’il commença son plaidoyer.

Il y mit plus de calme, cette fois, mais aussi toute l’énergie d’une conviction réfléchie. Il s’était adressé au cœur, il parla à la raison. Mais, bien que le doute soit essentiellement contagieux, il ne réussit ni à ébranler ni à entamer le juge. Ses plus forts arguments s’émoussaient contre une conviction absolue comme des boulettes de mie de pain sur une cuirasse. Et il n’y avait à cela rien de surprenant.