Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/430

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


la menace affermit. Renonçant à l’effrayer, il essaya de l’attendrir. C’est une tactique banale, mais qui réussit toujours, comme au théâtre certains effets larmoyants. Le coupable qui a bandé son énergie pour soutenir le choc de l’intimidation, se trouve sans force contre les patelinages d’une indulgence d’autant plus grande qu’elle est moins sincère. Or, l’attendrissement était le triomphe de M. Daburon. Que d’aveux il avait su soutirer avec quelques pleurs ! Pas un comme lui ne savait pincer ces vieilles cordes qui vibrent encore dans les cœurs les plus pourris : l’honneur, l’amour, la famille.

Pour Albert, il devint doux et bienveillant, tout ému de la compassion la plus vive. Infortuné ! combien il devait souffrir, lui dont la vie entière avait été comme un long enchantement ! Que de ruines tout à coup autour de lui ! Qui donc aurait pu prévoir cela, autrefois, lorsqu’il était l’espérance unique d’une opulente et illustre maison ? Évoquant le passé, le juge s’arrêtait à ces réminiscences si touchantes de la première jeunesse et remuait les cendres de toutes les affections éteintes. Usant et abusant de ce qu’il savait de la vie du prévenu, il le martyrisait par les plus douloureuses allusions à Claire. Comment s’obstinait-il à porter seul son immense infortune, n’avait-il donc en ce monde une personne qui s’estimerait heureuse de l’adoucir ? Pourquoi ce silence farouche ? Ne devait-il pas se hâter de rassurer