Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/438

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était arrivé le crime de La Jonchère. Il se promettait d’expédier bien vite l’importune.

Il était debout devant sa cheminée et cherchait une adresse dans une coupe précieuse remplie de cartes de visite. Au bruit de la porte qui s’ouvrait, un froufrou d’une robe de soie glissant le long de l’huisserie, il ne prit pas la peine de se déranger et ne daigna même pas tourner la tête. Il se contenta de jeter dans la glace un regard indifférent.

Mais aussitôt il recula avec un mouvement d’effroi, comme s’il eût entrevu un fantôme. Dans son trouble, il lâcha la coupe, qui tomba bruyamment sur le marbre du foyer où elle se brisa en mille morceaux.

— Claire ! balbutia-t-il. Claire !…

Et, comme s’il eût craint également et d’être le jouet d’une illusion, et de voir celle dont il prononçait le nom, il se retourna lentement.

C’était bien mademoiselle d’Arlange.

Cette jeune fille si fière et si farouche à la fois avait pu s’enhardir jusqu’à venir chez lui, seule ou autant dire, car sa gouvernante, qu’elle laissait dans l’antichambre, ne pouvait compter. Elle obéissait à un sentiment bien puissant, puisqu’il lui faisait oublier sa timidité habituelle.

Jamais, même en ce temps où la voir était son bonheur, elle ne lui avait paru plus sublime. Sa beauté, voilée d’ordinaire par une douce mélancolie, rayonnait et resplendissait. Ses traits avaient une