Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/439

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animation qu’il ne leur connaissait pas. Dans ses yeux, rendus plus brillants par des larmes récentes mal essuyées encore, éclatait la plus généreuse résolution. On sentait qu’elle avait la conscience d’accomplir un grand devoir et qu’elle le remplissait noblement, sinon avec joie, du moins avec cette simplicité qui à elle seule est de l’héroïsme.

Elle s’avança calme et digne, et tendit sa main au magistrat, selon cette mode anglaise que certaines femmes peuvent faire si gracieuse.

— Nous sommes toujours amis, n’est-ce pas ? dit-elle avec un triste sourire.

Le magistrat n’osa pas prendre cette main qu’on lui tendait dégantée. C’est à peine s’il l’effleura du bout de ses doigts comme s’il eût craint une commotion trop forte.

— Oui, répondit-il à peine distinctement ; je vous suis toujours dévoué.

Mademoiselle d’Arlange s’assit dans la vaste bergère où deux nuits auparavant le père Tabaret combinait l’arrestation d’Albert. M. Daburon demeura debout, appuyé contre la haute tablette de son bureau.

— Vous savez pourquoi je viens ? interrogea la jeune fille.

De la tête il fit signe que oui.

Il ne le devinait que trop en effet, et il se demandait s’il saurait résister aux supplications d’une telle