Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/450

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Frappez ; je me serrerai si fortement contre lui que pas un coup ne l’atteindra sans m’atteindre moi-même. Vous qui me conseillez l’oubli, enseignez-moi donc où le trouver ! Moi l’oublier ! Est-ce que je le pourrais, quand je le voudrais ? Mais je ne le veux pas. Je l’aime ; il n’est pas plus en mon pouvoir de cesser de l’aimer que d’arrêter par le seul effort de ma volonté les battements de mon cœur. Il est prisonnier, accusé d’un assassinat, soit : je l’aime. Il est coupable ! qu’importe ? je l’aime. Vous le condamnerez, vous le flétrirez : flétri et condamné, je l’aimerai encore. Vous l’enverrez au bagne, je l’y suivrai, et au bagne, sous la livrée des forçats, je l’aimerai toujours. Qu’il roule au fond de l’abîme, j’y roulerai avec lui. Ma vie est à lui, qu’il en dispose. Non, rien ne me séparera de lui, rien que la mort, et, s’il faut qu’il monte sur l’échafaud, je mourrai, je le sens bien, du coup qui le frappera.

M. Daburon avait caché son visage entre ses mains, il ne voulait pas que Claire pût y suivre la trace des émotions qui le remuaient.

— Comme elle l’aime ! se disait-il, comme elle l’aime !

Il était certes à mille lieues de la situation présente. Son esprit s’abîmait dans les plus noires réflexions. Tous les aiguillons de la jalousie le déchiraient.