Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/452

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croirait faible à me voir, il n’en est rien ; je suis forte, sachez-le bien, très-forte. Il est vrai que je souffre comme je n’imaginais pas qu’on pût souffrir. C’est qu’il est cruel pour une jeune fille de faire violence à toutes ses pudeurs. Vous devez être content, monsieur, j’ai déchiré tous les voiles et vous avez pu lire jusqu’au fond de mon cœur. Je ne le regrette pourtant pas, c’était pour lui. Ce dont je me repens, c’est de m’être abaissée jusqu’à le défendre. Votre assurance m’avait éblouie. Il me pardonnera cette offense à son caractère. On ne défend pas un homme comme lui, on prouve son innocence. Dieu aidant, je la prouverai.

Mademoiselle d’Arlange se leva à demi comme pour se retirer, monsieur Daburon la retint d’un signe.

Dans son aberration, il pensait qu’il serait mal à lui de laisser à cette pauvre jeune fille l’ombre d’une illusion. Ayant tant fait que de commencer, il se persuadait que son devoir lui commandait d’aller jusqu’au bout. Il se disait de bonne foi qu’ainsi il sauvait Claire d’elle-même et lui épargnait pour l’avenir de cuisants regrets. Le chirurgien qui a commencé une opération terrible ne la laisse pas inachevée parce que le malade se débat, souffre et crie.

— Il est pénible, mademoiselle, commença-t-il.

Claire ne le laissa pas achever.