Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/467

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Oui, je m’y serais présentée, et là, tout haut, devant tous, j’aurais dit la vérité. Sans doute, ajouta-t-elle d’un ton triste, j’aurais été bien affichée, on m’aurait regardée comme une héroïne de roman, mais que m’importe l’opinion, le blâme ou l’approbation du monde, puisque je suis sûre de son amour ?

Elle se leva, rajustant son manteau et les brides de son chapeau.

— Est-il nécessaire, demanda-t-elle, que j’attende le retour des gens qui sont allés examiner le mur ?

— C’est inutile, mademoiselle.

— Alors, reprit-elle de la voix la plus douce, il ne me reste plus, monsieur, qu’à vous prier, — elle joignit les mains, — qu’à vous conjurer, — ses yeux suppliaient, — de laisser sortir Albert de la prison.

— Il sera remis en liberté dès que cela se pourra, je vous en donne ma parole.

— Oh ! aujourd’hui même, cher monsieur Daburon, aujourd’hui, je vous en prie, tout de suite. Puisqu’il est innocent, voyons, laissez-vous attendrir, puisque vous êtes notre ami… Voulez-vous que je me mette à genoux ?

Le juge n’eut que le temps bien juste d’étendre les bras pour la retenir.

Il étouffait, le malheureux.