Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/468

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Ah ! combien il enviait le sort de ce prisonnier ?

— Ce que vous me demandez est impossible, mademoiselle, dit-il d’une voix éteinte, impraticable, sur mon honneur ! Ah ! si cela ne dépendait que moi !… je ne saurais, fût-il coupable, vous voir pleurer et résister…

Mademoiselle d’Arlange, si ferme jusque-là, ne put retenir un sanglot.

— Malheureuse ! s’écria-t-elle, il souffre, il est en prison, je suis libre et je ne puis rien pour lui ! Grand Dieu ! inspire-moi de ces accents qui touchent le cœur des hommes ! Aux pieds de qui aller me jeter pour avoir sa grâce.

Elle s’interrompit, surprise du mot qu’elle venait de prononcer.

— J’ai dit sa grâce, reprit-elle fièrement, il n’a pas besoin de grâce. Pourquoi ne suis-je qu’une femme ! Je ne trouverai donc pas un homme qui m’aide ! Si, dit-elle après un moment de réflexion, il est un homme qui se doit à Albert, puisque c’est lui qui l’a précipité là où il est : c’est le comte de Commarin. Il est son père, et il l’a abandonné ! Eh bien ! moi, je vais aller lui rappeler qu’il a un fils.

Le magistrat se leva pour la reconduire, mais déjà elle s’enfuyait entraînant la bonne Schmidt.

M. Daburon, plus mort que vif, se laissa retomber