Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/486

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jour ! Je n’ai pas lutté, va, pour me donner à toi tout entière ; je sentais que j’étais née pour toi, Guy ! te souviens-tu de cela ? Je travaillais pour une dentellière et je ne gagnais pas de quoi vivre ; toi tu m’avais dit que tu faisais ton droit et que tu n’étais pas riche. Je croyais que tu te privais pour m’assurer un peu de bien-être. Tu avais voulu faire arranger notre petite mansarde du quai Saint-Michel. Était-elle jolie avec ce frais papier à bouquets que nous avions collé nous-mêmes !

« Comme elle était gaie ! De la fenêtre, on apercevait les grands arbres des Tuileries, et en nous penchant un peu, nous pouvions voir sous les arches des ponts le coucher du soleil. Le bon temps ! La première fois que nous sommes allés à la campagne ensemble, un dimanche, tu m’avais apporté une belle robe comme je n’osais en rêver et des bottines si mignonnes que je trouvais qu’il était dommage de les mettre pour marcher dehors ! Mais tu m’avais trompée !

« Tu n’étais pas un pauvre étudiant. Un jour, en allant porter mon ouvrage, je te rencontrai dans une voiture superbe, derrière laquelle se tenaient de grands laquais chamarrés d’or. Je ne pouvais en croire mes yeux. Le soir, tu m’as dit la vérité, que tu étais noble, immensément riche. Oh ! mon bien-aimé ! Pourquoi m’avoir avoué cela !… »

Avait-elle sa raison, était-ce le délire qui parlait ?