Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/487

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


De grosses larmes roulaient sur le visage ridé du comte de Commarin, et le médecin et le prêtre étaient émus de ce spectacle si douloureux d’un vieillard qui pleure comme un enfant.

La veille encore, le comte croyait son cœur bien mort, et il suffisait de cette voix pénétrante pour lui rendre les fraîches et fortes sensations de la jeunesse. Combien d’années pourtant s’étaient écoulées depuis !…

— Alors ! poursuivait madame Gerdy, il fallut abandonner le quai Saint-Michel. Tu le voulais ; j’obéis malgré mes pressentiments. Tu me dis que, pour te plaire, je devais ressembler à une grande dame. Tu m’avais donné des maîtres, car j’étais si ignorante qu’à peine je savais signer mon nom. Te rappelles-tu la drôle d’orthographe de ma première lettre ? Ah ! Guy, que n’étais-tu, en effet, un pauvre étudiant ! Depuis que je te sais si riche, j’ai perdu ma confiance, mon insouciance et ma gaieté. Si tu allais me croire avide ! si tu allais imaginer que ta fortune me touche !

« Les hommes qui, comme toi, ont des millions doivent être bien malheureux ! Je comprends qu’ils soient incrédules et pleins de soupçons. Sont-ils sûrs jamais si c’est eux qu’on aime ou leur argent ? Ce doute affreux qui les déchire les rend défiants, jaloux et cruels. Ô mon unique ami, pourquoi avons-nous quitté notre chère mansarde ! Là nous étions