Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/489

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Dieu quel crime j’ai commis pour être si impitoyablement châtiée : le crime, le voilà ! Je suis restée ta maîtresse, et ta femme est morte. Je ne l’ai vue qu’une fois, quelques minutes à peine, mais elle t’a regardé, et j’ai compris qu’elle t’aimait autant que moi, Guy, c’est notre amour qui l’a tuée. »

Elle s’arrêta épuisée, mais aucun des assistants ne se permit un mouvement.

Ils écoutaient religieusement, avec une émotion fiévreuse, ils attendaient.

Mademoiselle d’Arlange n’avait pas eu la force de rester debout, elle s’était laissée glisser à genoux et elle pressait son mouchoir sur sa bouche pour étouffer ses sanglots. Cette femme n’était-elle pas la mère d’Albert ?

Seule la digne religieuse n’était point émue : elle avait vu, ainsi qu’elle se le disait, bien d’autres délires. Rien, elle ne comprenait absolument rien à cette scène.

— Ces gens-ci sont fous, pensait-elle, de donner tant d’attention aux divagations d’une insensée.

Elle crut qu’elle devait avoir de la raison pour tous. S’avançant vers le lit, elle voulait faire rentrer la malade sous ses couvertures.

— Allons, madame, disait-elle, couvrez-vous, vous allez attraper froid.

— Ma sœur, murmurèrent en même temps le médecin et le prêtre.