Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/490

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— Tonnerre de Dieu ! s’écria le vieux soldat, laissez-la donc parler !

— Qui donc, reprit la malade, insensible à tout ce qui se passait autour d’elle, qui donc a pu te dire que je te trahis ? Oh ! les infâmes ! On m’a fait espionner, n’est-ce pas ? et on a découvert que souvent il venait chez moi un officier. Eh bien ! mais cet officier est mon frère, mon cher Louis ! Comme il venait d’avoir dix-huit ans et que l’ouvrage manquait, il s’est engagé soldat en disant à ma mère : « Ce sera toujours une bouche de moins à la maison. » C’est un bon sujet, et ses chefs l’ont aimé tout de suite. Il a travaillé au régiment ; il s’est instruit, et on l’a fait monter bien vite en grade. On l’a nommé lieutenant, capitaine, il est devenu chef d’escadron. Il m’a toujours aimée, Louis ; s’il était resté à Paris, je ne serais pas tombée. Mais notre mère est morte, et je me suis trouvée toute seule au milieu de cette grande ville. Il était sous-officier quand il a su que j’avais un amant. J’ai cru qu’il ne me reverrait jamais. Pourtant il m’a pardonné, en disant que la constance à une faute comme la mienne est sa seule excuse. Va, mon ami, il était plus jaloux de ton bonheur que toi-même. Il venait, mais en se cachant. Je l’avais mis dans cette position affreuse de rougir de sa sœur. Je m’étais, moi, condamnée à ne jamais parler de lui, à ne pas prononcer son nom. Un noble soldat pouvait-il avouer qu’il était le frère d’une femme en-