Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/491

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tretenue par un comte ? Pour qu’on ne le vît pas, je prenais les plus minutieuses précautions. À quoi ont-elles servi, hélas ! À te faire douter de moi. Quand il a su ce qu’on disait, il voulait, dans son aveugle colère, te provoquer en duel. Et alors il m’a fallu lui prouver qu’il n’avait même pas le droit de me défendre. Quelle misère ! Ah ! j’ai payé bien cher mes années de bonheur volé ! Mais te voici, tout est oublié. Car tu me crois, n’est-il pas vrai, Guy ? J’écrirai à Louis : il viendra, il te dira que je ne mens pas, et tu ne douteras pas de sa parole, à lui, un soldat !…

— Oui, sur mon honneur, prononça le vieux soldat, ce que ma sœur dit est la vérité.

La mourante ne l’entendit pas, elle continuait d’une voix que la lassitude faisait haleter :

— Comme ta présence me fait du bien ! Je sens que je renais. J’ai failli tomber malade. Je ne dois pas être jolie, aujourd’hui, n’importe, embrasse-moi…

Elle tendait les bras et avançait les lèvres comme pour donner des baisers.

— Mais c’est à une condition, Guy, tu me laisseras mon enfant. Oh ! je t’en supplie, je t’en conjure, ne me le prends pas, laisse-le-moi ! Une mère sans son enfant, que veux-tu qu’elle devienne ? Tu me le demandes pour lui donner un nom illustre et une fortune immense ; non ! Tu me dis que ce sacrifice fera