Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/495

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L’anéantissement suit les grandes secousses de l’âme ; il semble que la nature se recueille pour soutenir le malheur ; on n’en sent pas d’abord toute la violence, c’est après seulement qu’on sonde l’étendue et la profondeur du mal.

Les regards du comte s’arrêtaient sur ce lit où gisait le corps de Valérie. C’était donc là tout ce qui restait d’elle. L’âme, cette âme si dévouée et si tendre, s’était envolée.

Que n’eût-il pas donné pour que Dieu rendît à cette infortunée un jour, une heure seulement de vie et de raison ! Avec quels transports de repentir il se serait jeté à ses pieds pour lui demander grâce, pour lui dire combien il avait horreur de sa conduite passée ! Comment avait-il reconnu l’inépuisable amour de cet ange ! Sur un soupçon, sans daigner s’informer, sans l’entendre, il l’avait accablée du plus froid mépris. Que ne l’avait-il revue ! Il se serait épargné vingt ans de doutes affreux au sujet de la naissance d’Albert. Au lieu d’une existence d’isolement, il pouvait avoir une vie heureuse et douce.

Alors il se rappelait la mort de la comtesse. Celle-là aussi l’avait aimé, et jusqu’à en mourir.

Il ne les avait pas comprises, il les avait tuées toutes deux.

L’heure de l’expiation était venue, et il ne pouvait pas dire : « Seigneur, le châtiment est trop grand. »