Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/508

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entre nous. Je lui avais dit que je n’existais plus pour elle.

— Ah !… Vous savez qu’elle est morte victime d’un crime odieux ?

— Le monsieur de la police qui est venu me chercher me l’a dit, monsieur, répondit le marin dont le front se plissa. C’était une malheureuse ! ajouta-t-il d’une voix sourde.

— Comment ! c’est vous, un mari, qui l’accusez ?

— Je n’en ai que trop le droit, monsieur. Ah ! défunt mon père, qui s’y connaissait au temps, m’avait averti. Je riais, quand il me disait : « Prends garde, elle nous déshonorera tous. » Il avait raison. J’ai été, moi, à cause d’elle, poursuivi par la police, ni plus ni moins qu’un voleur qui se cache et qu’on cherche. Partout où on me demandait avec une citation, les gens devaient se dire : « Tiens ! il a donc fait un mauvais coup ! » Et me voici devant la justice. Ah ! monsieur, quelle peine ! C’est que les Lerouge sont honnêtes de père en fils depuis que le monde est monde. Informez-vous dans le pays, on vous dira : « Parole de Lerouge vaut écrit d’un autre. » Oui, c’était une malheureuse, et je lui avais bien dit qu’elle ferait une mauvaise fin.

— Vous lui aviez dit cela ?

— Plus de cent fois, oui, monsieur.

— Et pourquoi ? Voyons, mon ami, rassurez-vous,