Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/509

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votre honneur n’est point en jeu ici, personne n’en doute. Quand l’aviez-vous avertie si sagement ?

— Ah ! il y a longtemps, monsieur, répondit le mari, plus de trente ans, pour la première fois. Elle était ambitieuse jusque dans le sang, elle a voulu se mêler des affaires des grands, c’est ce qui l’a perdue. Elle disait qu’on gagne de l’or à garder des secrets ; moi, je disais qu’on gagne de la honte, et voilà tout. Prêter la main aux grands pour cacher leurs vilenies en comptant que ça portera bonheur, c’est rembourrer son matelas d’épines avec l’espoir de bien dormir. Mais elle n’en faisait qu’à sa tête.

— Vous étiez son mari, pourtant, objecta Daburon, vous aviez le droit de commander.

Le mari hocha la tête et poussa un gros soupir.

— Hélas ! monsieur, c’était moi qui obéissais.

Procéder par brefs interrogatoires avec un témoin lorsqu’on n’a même pas idée des renseignements qu’il apporte, c’est perdre du temps en cherchant à en gagner. On croit l’approcher du fait important, on l’en écarte. Mieux vaut lui lâcher la bride et se résigner à l’écouter, quitte à le remettre sur la voie lorsqu’il s’en éloigne trop. C’est encore le plus sûr et le plus court. C’est à ce parti que s’arrêta M. Daburon, tout en maudissant l’absence de Gévrol, qui, d’un mot, aurait abrégé de moitié cet interrogatoire, dont le juge ne soupçonnait pas encore l’importance.