Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/547

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— En chasse ! bonhomme, en chasse ! Quand on n’a pas de tête, il faut des jambes. Et hop ! et hop ! Pourquoi n’as-tu pas songé à demander à Clergeot l’adresse de cette femme ? Plus vite que ça, mon vieux, plus vite ! Quand on veut se mêler d’être mouchard, on se munit des qualités de l’emploi, le mouchard doit avoir les fuseaux du cerf.

Il ne pensait qu’à rejoindre la maîtresse de Noël, et pas à autre chose. Mais il perdait, bien évidemment il perdait.

Il n’était pas au milieu de la rue Tronchet, et il n’en pouvait plus ; il sentait que ses jambes ne le porteraient pas cent mètres plus loin, et le maudit coupé allait atteindre la Madeleine.

Ô Fortune ! Une remise découverte, marchant dans le même sens que lui, le dépassa.

Il fit un signe plus désespéré que celui de l’homme qui se noie. Le signe fut vu. Il rassembla ses dernières forces et d’un bond s’élança dans la voiture sans le secours du marche-pied.

— Là-bas, dit-il, ce coupé bleu, vingt francs !

— Compris ! répondit le cocher en clignant de l’œil.

Et il enveloppa sa maigre rosse d’un vigoureux coup de fouet en murmurant :

— Un bourgeois jaloux qui suit sa femme. Connu ! Hue cocotte !

Pour le père Tabaret, il était temps de s’arrêter,