Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/554

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La vivacité de la jeune femme le dérouta un peu, pourtant il poursuivit, se fiant aux hasards de la conversation :

— Empêcheriez-vous donc le mariage de Noël ?

— Son mariage ! s’écria Juliette en éclatant de rire ; ah ! le pauvre garçon ! s’il ne rencontre pas d’autre obstacle que moi, son affaire est conclue. Qu’il se marie, ce cher Noël, au plus vite, et que je n’entende plus parler de lui.

— Vous ne l’aimez donc pas ? demanda le bonhomme un peu surpris de cette aimable franchise.

— Écoutez, monsieur, je l’ai beaucoup aimé, mais tout s’use. Depuis quatre ans, je mène, moi qui suis folle de plaisirs, une existence intolérable. Si Noël ne me quitte pas, c’est moi qui le lâcherai. Je suis excédée, à la fin, d’avoir un amant qui rougit de moi et qui me méprise.

— S’il vous méprise, belle dame, il n’y paraît guère, répondit le père Tabaret en promenant autour du salon un regard des plus significatifs.

— Vous voulez dire, riposta la dame en se levant, qu’il dépense beaucoup pour moi. C’est vrai. Il prétend qu’il s’est ruiné pour moi, c’est fort possible. Qu’est-ce que cela me fait ? Je ne suis pas une femme intéressée, sachez-le. J’aurais préféré moins d’argent et plus d’égards. Mes folies m’ont été inspirées par la colère et le désœuvrement. M. Gerdy me traite en fille, j’agis en fille. Nous sommes quittes.