Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/555

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— Vous savez bien qu’il vous adore.

— Lui ! Puisque je vous dis qu’il a honte de moi. Il me cache comme une maladie secrète. Vous êtes le premier de ses amis à qui je parle. Demandez-lui s’il m’a jamais sortie ! On dirait que mon contact est déshonorant. Tenez, mardi dernier, pas plus tard, nous sommes allés au théâtre. Il avait loué une loge entière. Vous croyez qu’il est resté près de moi ? Erreur. Monsieur s’est esquivé et je ne l’ai plus revu de la soirée.

— Comment ! vous avez été forcée de revenir seule ?

— Non. À la fin du spectacle, vers minuit, Monsieur a daigné reparaître. Nous devions aller au bal de l’Opéra et de là souper. Ah ! ce fut amusant. Au bal, monsieur n’a osé ni relever son capuchon, ni retirer son masque. Au souper, j’ai dû, à cause de ses amis, le traiter comme un étranger.

L’alibi préparé en cas de malheur apparaissait.

Moins emportée, Juliette aurait remarqué l’état du père Tabaret et certainement se serait tue.

Il était devenu livide et tremblait comme la feuille.

— Bast ! reprit-il en faisant un effort surhumain pour articuler ses mots, le souper n’en a pas été moins gai.

— Gai ! répéta la jeune femme en haussant les épaules, vous ne connaissez guère votre ami. Si vous l’invitez jamais à dîner, gardez-vous bien de le lais-