Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/571

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qu’à la porte, mais au moment de tourner le bouton, il eut peur.

Ne trouverait-on pas singulier qu’il fit couper sa barbe ? Si on allait le questionner ?

Il passa outre.

Il vit une autre boutique, les mêmes hésitations l’arrêtèrent.

Peu à peu la nuit était venue, et avec l’obscurité Noël sentait renaître son assurance et son audace.

Après cet immense naufrage au port, l’espérance surnageait. Pourquoi ne se sauverait-il pas ?

On sait d’autres exemples. On passe à l’étranger, on change de nom, on se refait un état civil, on entre dans la peau d’un autre homme. Il avait de l’argent, c’était le principal.

Un homme dans sa situation, au milieu de Paris, avec quatre-vingt mille francs en poche, est un imbécile, s’il se laisse prendre.

Et encore, ces quatre-vingt mille francs épuisés, il avait la certitude d’en avoir, au premier signe, cinq ou six fois autant.

Déjà il se demandait quel déguisement prendre et vers quelle frontière se diriger, quand le souvenir de Juliette, pareil à un fer rouge, traversa son cœur.

Allait-il s’éloigner sans elle, partir avec la certitude de ne la revoir jamais !

Quoi ! il fuirait, poursuivi par toutes les polices du