Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/572

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monde civilisé, traqué comme une bête fauve, et elle resterait paisiblement à Paris ! Était-ce possible ! Pour qui le crime avait-il été commis ? Pour elle. Qui en eût recueilli les bénéfices ? Elle. N’était-il pas juste qu’elle portât sa part du châtiment !

— Elle ne m’aime pas, pensait l’avocat avec amertume, elle ne m’a jamais aimé, elle serait ravie d’être délivrée de moi pour toujours. Elle n’aurait pas un regret pour moi, je ne lui suis plus nécessaire, un coffre-fort vide est un meuble inutile. Juliette est prudente, elle a su se mettre à l’abri une petite fortune. Riche de mes dépouilles, elle prendra un autre amant, elle m’oubliera, elle vivra heureuse, tandis que moi !… Et je partirais sans elle !…

La voix de la prudence lui criait : — « Malheureux ! traîner une femme après soi, et une jolie femme, c’est attirer à plaisir les regards sur soi, c’est rendre la fuite impossible, c’est se livrer de gaieté de cœur. »

— Qu’importe ! répondait la passion, nous nous sauverons ou nous périrons ensemble. Si elle ne m’aime pas, je l’aime, moi ; il me la faut ! Elle viendra, sinon…

Mais comment voir Juliette, lui parler, la décider !

Aller chez elle, c’était s’exposer beaucoup. La police y était déjà, peut-être.

— Non, pensa Noël, personne ne sait qu’elle est ma maîtresse, on ne le saura pas avant deux ou trois