Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/573

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jours de recherches, et d’ailleurs, écrire serait plus dangereux encore.

Il s’approcha d’une voiture de place, non loin du carrefour de l’Observatoire, et tout bas il dit au cocher le numéro de cette maison de la rue de Provence si fatale pour lui.

Étendu sur les coussins du fiacre, bercé par les cahots monotones, Noël ne songeait point à interroger l’avenir, il ne se demandait même pas ce qu’il allait dire à Juliette. Non. Involontairement il repassait les événements qui avaient amené et précipité la catastrophe, comme un homme qui, près de mourir, revoit le drame ou la comédie de sa vie.

Il y avait de cela un mois, jour pour jour.

Ruiné, à bout d’expédients, sans ressources, il était déterminé à tout pour se procurer de l’argent, pour garder encore madame Juliette, quand le hasard le rendit maître de la correspondance du comte de Commarin, non-seulement des lettres lues au père Tabaret et communiquées à Albert, mais encore de celles qui, écrites par le comte lorsqu’il croyait la substitution accomplie, l’établissaient évidemment.

Cette lecture lui donna une heure de joie folle.

Il se crut le fils légitime. Bientôt sa mère le détrompa, lui apprit la vérité, la lui prouva par vingt lettres de la femme Lerouge, la lui fit attester par Claudine, la lui démontra par le signe qu’il portait.