Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/65

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gouvernante eut un peu peur et se recula jusqu’au fond de la salle à manger, près de la porte.

— Oui ! continua-t-il, c’est certain, il y a un enfant.

Manette se rapprocha vivement.

— Un enfant ? interrogea-t-elle.

Mais le bonhomme s’aperçut que sa servante l’épiait.

— Ah ça ! lui dit-il d’un ton furieux, que faites-vous là ! Qui vous rend hardie à ce point de venir ramasser les paroles qui m’échappent ! Faites-moi donc le plaisir de vous retirer dans votre cuisine et de ne pas reparaître avant que j’appelle.

— Il devient enragé, pensa Manette en disparaissant au plus vite.

Le père Tabaret s’était rassis. Il avalait à larges cuillerées un potage complètement froid.

— Comment, se disait-il, n’avais-je pas songé à cela ? Pauvre humanité ! Mon esprit vieillit et se fatigue. C’est pourtant clair comme le jour. Les circonstances tombent sous le sens.

Il frappa sur le timbre placé devant lui, la servante reparut.

— Le rôti ! demanda-t-il, et laissez-moi seul. Oui ! continuait-il en découpant furieusement un gigot de pré salé, oui, il y a un enfant, et voici l’histoire : la veuve Lerouge est au service d’une grande dame très-riche. Le mari, un marin probablement, part