Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/67

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Non. Il est trop vieux. Parbleu ! c’est le fils. Il a voulu sauver sa mère, le joli garçon. Il a refroidi la veuve et brûlé les preuves.

Manette, pendant ce temps, l’oreille à la serrure, écoutait de toute son âme. De temps à autre, elle récoltait un mot, un juron, le bruit d’un coup frappé sur la table, mais c’était tout.

— Bien sûr, pensa-t-elle, ce sont ses femmes qui lui trottent par la tête. Elles auront voulu lui faire accroire qu’il est papa.

Elle était si bien sur le gril que, n’y tenant plus, elle se hasarda à entrebâiller la porte.

— Monsieur a demandé son café, fit-elle timidement.

— Non, mais donnez-le-moi, répondit le père Tabaret.

Il voulut l’avaler d’un trait et s’échauda si bien que la douleur le ramena subitement au sentiment le plus exact de la réalité.

— Tonnerre, grogna-t-il, c’est chaud ! Diable d’affaire ! Elle me met aux champs. On a raison là-bas, je me passionne trop. Mais qui donc d’entre eux aurait, par la seule force de la logique, rétabli l’histoire en son entier ? Ce n’est pas Gévrol, le pauvre homme ! Sera-t-il assez humilié, assez vexé, assez roulé ! Si j’allais trouver M. Daburon ? Non, pas encore. La nuit m’est nécessaire pour creuser certaines particularités, pour coordonner mes idées. C’est que,