Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/75

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pour son instrument et le guidait par la main. Il allait donc obtenir tous les renseignements qu’une demi-heure avant il désespérait presque de se procurer. Il restait, devant Noël, muet et interdit. Cependant il comprit qu’à moins de se compromettre il devait parler, dire quelque chose.

— C’est un grand malheur, murmura-t-il.

— Pour madame Gerdy, je n’en sais rien, répondit Noël d’un air sombre, mais pour moi c’est un malheur immense. Je suis atteint en plein cœur par le coup qui a frappé cette pauvre femme. Cette mort, M. Tabaret, anéantit tous mes rêves d’avenir et renverse peut-être mes plus légitimes espérances. J’avais à me venger de cruels outrages, cette mort brise mes armes entre mes mains et me réduit au désespoir de l’impuissance. Ah !… je suis bien malheureux !

— Vous, malheureux ! s’écria le père Tabaret, singulièrement touché de cette douleur de son cher Noël, au nom du ciel ! que vous arrive-t-il ?

— Je souffre, murmura l’avocat, et bien cruellement. Non-seulement l’injustice ne sera jamais réparée, je le crains, mais encore me voici livré sans défense aux coups de la calomnie. On pourra dire de moi que j’ai été un artisan de fourberies, un intrigant ambitieux, sans pudeur et sans foi.

Le père Tabaret ne savait que penser. Entre l’honneur de Noël et le crime de la Jonchère, il ne voyait nul trait d’union possible. Mille idées