Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/79

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


, si « en dedans, » ne contenait plus sa colère. Au bruit de ses propres paroles, il s’animait comme un bon cheval au son des grelots de ses harnais.

— Fut-il jamais, continua-t-il, un homme aussi cruellement trompé que moi et plus misérablement pris pour dupe ! Et moi qui aimais cette femme, qui ne savais quels témoignages d’affection lui prodiguer, qui lui sacrifiais ma jeunesse ! Comme elle a dû rire de moi ! Son infamie date du moment où, pour la première fois, elle m’a pris sur ses genoux. Et jusqu’à ces jours passés, elle a soutenu, sans une heure de défaillance, son exécrable rôle. Son amour pour moi, hypocrisie ! son dévouement, fausseté ! ses caresses, mensonge ! Et je l’adorais ! Ah ! que ne puis-je lui reprendre tous les baisers que je lui donnais en échange de ses baisers de Judas. Et pourquoi cet héroïsme de fourberies, tant de soin, tant de duplicité ? Pour me trahir plus sûrement, pour me dépouiller, me voler, pour donner à son bâtard tout ce qui m’appartient, à moi : mon nom, un grand nom ; ma fortune, une fortune immense…

— Nous brûlons, pensait Tabaret, en qui se réveillait le collaborateur de Gévrol.

Tout haut il dit :

— C’est bien grave, tout ce que vous dites là, cher Noël, c’est terriblement grave. Il faut supposer à madame Gerdy une audace et une habileté qu’on trouve rarement réunies chez une femme. Elle a dû