Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/94

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ter seul chargé de la responsabilité des faits, c’est plus prudent. Cette femme est de N… Elle est née sur nos terres et en quelque sorte dans notre maison. Son mari est un brave et honnête marin ; elle s’appelle Claudine Lerouge.

« Du courage, ô ma bien aimée ! Je te demande le plus grand sacrifice qu’un amant puisse attendre d’une mère. Le ciel, tu n’en doutes plus, nous protège. Tout dépend désormais de notre habileté et de notre prudence, c’est-à-dire que nous réussirons. »

Sur un point, au moins, le père Tabaret se trouvait suffisamment éclairé ; les recherches sur le passé de la veuve Lerouge devenaient un jeu. Il ne put retenir un « enfin ! » de satisfaction qui échappa à Noël.

— Ce billet, reprit l’avocat, clôt la correspondance du comte…

— Quoi ! répondit le bonhomme, vous ne possédez plus rien ?

— J’ai encore dix lignes écrites bien des années plus tard, et qui certes ont leur poids, mais qui enfin ne sont toujours qu’une preuve morale.

— Quel malheur ! murmura le père Tabaret.

Noël replaça sur son bureau les lettres qu’il tenait à la main, et se retournant vers son vieil ami il le regarda fixement.

— Supposez, prononça-t-il lentement et en ap-