Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/95

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puyant sur chaque syllabe, supposez que tous mes renseignements s’arrêtent ici. Admettez pour un moment que je ne sais rien de plus que ce que vous savez. Quel est votre avis ?

Le père Tabaret fut quelques minutes sans répondre. Il évaluait les probabilités résultant des lettres de M. de Commarin.

— Pour moi, dit-il enfin, en mon âme et conscience, vous n’êtes pas le fils de madame Gerdy.

— Et vous avez raison, reprit l’avocat avec force. Vous pensez bien, n’est-ce pas, que je suis allé trouver Claudine. Elle m’aimait, cette pauvre femme qui m’avait donné son lait, elle souffrait de l’injustice horrible dont elle me savait victime. Faut-il le dire, l’idée de sa complicité la tourmentait ; c’était un remords trop lourd pour sa vieillesse. Je l’ai vue, je l’ai interrogée, elle a tout avoué. Le plan du comte, simplement et merveilleusement conçu, réussit sans effort. Trois jours après ma naissance, tout était consommé : j’étais, moi, pauvre et chétif enfant, trahi, dépossédé, dépouillé par mon protecteur naturel, par mon père ! Pauvre Claudine ! Elle m’avait promis son témoignage pour le jour où je voudrais rentrer dans mes droits !

— Et elle est morte emportant son secret ! murmura le bonhomme d’un ton de regret.

— Peut-être ! répondit Noël, j’ai encore un espoir. Claudine possédait plusieurs lettres qui lui avaient