Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/119

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simple comme l’œuf cassé de Colomb. Faites porter à chaque Français l’uniforme de sa profession, enrôlez les citoyens, donnez une bannière à chaque corps d’état ; vous aurez ainsi le régiment des Boulangers et celui des Couvreurs, le régiment des Cordonniers, des Médecins, des Marchands de nouveautés, des Apothicaires et des Journalistes.

— Oh ! oh ! fit Romain.

— J’ai rêvé plus encore. À chaque Français je donne un numéro matricule qui devient son nom de famille et simplifie la tenue des registres de l’état civil : on ne sera plus M. Caldas ou M. Cassegrain ; appellations qui, soit dit en passant, n’éveillent que des idées triviales ; on sera monsieur trois mille sept cent quarante, ou monsieur cent mille cent soixante-treize. C’est là, Monsieur, une des inévitables conséquences de notre immortelle révolution de 89 ; c’est l’égalité devant le chiffre.

— Allons donc ! dit Caldas, celui qui n’a que vingt sous ne sera jamais l’égal de celui qui a cinq francs.

— J’ai prévu l’objection, car je mets à la tête de cette France nouvelle une administration universelle qui perçoit les revenus de la terre, de l’industrie et du travail, et qui donne à chacun tant par mois.