Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/23

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


miracle de l’avancement ou de la gratification a-t-il eu lieu, Dieu ne fait pas fleurir assez de roses pour le saint Janvier de l’Équilibre ; mais le bienheureux du personnel a-t-il fait la sourde oreille, ce n’est plus du rez-de-chaussée aux combles de la maison qu’un formidable concert d’invectives et d’imprécations. Impassible, il ne sait rien de cet orage.

Lorsque, du même pas méthodique, son parapluie sous le bras, drapé dans son nuage de mystère, il traverse les corridors, la crainte et l’espoir ferment toutes les bouches et découvrent toutes les têtes.

La renommée, qui grossit tout, exagère certainement l’omnipotence du chef du personnel, et les employés de province qui, chaque année, font deux cents lieues pour tenir le bougeoir à son petit lever, n’auraient peut-être pas tort de faire cette économie de bouts de chandelles. Non, Le Campion n’est pas tout-puissant ; non, Le Campion ne fait pas tous les jours ce qu’il veut ; il est juste, mais il n’est pas le maître ; il propose le plus méritant, et le plus protégé est nommé. Il est juste, et il fait des injustices ; mais chacune de ces injustices est comme une épine cruelle qui hérisse son oreiller et trouble la nuit les rêves de sa conscience.