Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/289

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la petite semaine. C’est lui qui organise des loteries dans l’intérieur du ministère ; c’est une vieille pendule, une lampe, une montre avec la chaîne en jazeron, qu’il place à un franc le billet. Il écoule ainsi des rossignols qu’il achète à vil prix.

Depuis vingt ans il est au ministère : il gagne deux mille francs d’appointements, et, entré avec vingt-cinq francs pour toute fortune, il possède aujourd’hui, sans avoir rien volé à personne, un capital clair et net de plus de cinquante mille francs.

Cet employé a une maîtresse qui lui fait ses pantalons, et il porte des souliers vernis en moleskine.

L’autre original est un homme bien malheureux, allez ! Sa femme est jeune, jolie et coquette, et il est jaloux…

Avant de venir au ministère le matin, il enferme, dit-on, son épouse ; mais ce n’est pas vrai, et la preuve, c’est que trois ou quatre fois par jour il s’esquive et court jusqu’à son domicile, afin de s’assurer de la présence réelle de la dame.

Il a entendu dire (ce doit être un conte bleu) que certains employés ont dû aux charmes de leur moitié un avancement rapide. Sa cervelle en a été troublée, et l’année dernière, ayant obtenu une augmentation d’appointements de soixante-cinq francs par an, il a fait une scène