Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/36

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


sachant bien qu’ils devaient le considérer comme un homme à la mer.

En entrant dans l’administration, il revenait sur l’eau et il s’empressait d’aller leur faire part de son sauvetage. Peut-être l’idée que quelqu’un d’entre eux écrirait à sa famille n’était-elle pas étrangère à sa politesse.

Partout il fut bien reçu, et M. Blandureau, riche négociant qui professe pour la littérature l’estime qu’elle mérite, le retint à dîner.

— Vous avez pris un sage parti, jeune homme, lui dit ce commerçant à cheval sur ses principes, en quittant un métier qui n’en est pas un. En embrassant la carrière administrative, vous vous rattachez à la société ; vous devenez quelque chose.

— Pardon, interrompit Romain ; dans la littérature j’aurais pu devenir quelqu’un.

— Et après ?… continua M. Blandureau ; songez donc qu’aujourd’hui vous avez une position dans le monde. Et tenez, moi qui vous parle, j’aimerais mieux donner ma fille en mariage à un sous-chef de ministère qu’à n’importe quel académicien. Ce sont les premiers de votre état, et ils gagnent douze cents francs par an !

— Et puis ils sont si vieux ! dit Caldas.

M. Blandureau aurait sans doute ajouté des choses