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HISTOIHE DU CANADA.

Lorsque l’union des deux Canadas s’est enfin consommée, quel plaisir a dû en ressentir la vengeance du vieillard, car alors le juge Sewell était bien âgé, en voyant ce peuple qu’il haïssait tant, condamné enfin à périr sous une nationalité étrangère.

La session ne fut pas plutôt finie que le général Prevost s’occupa des préparatifs de la prochaine campagne. Un bataillon d’infanterie et des matelots pour la marine des lacs arrivèrent dans l’hiver du Nouveau-Brunswick. Le gouverneur reçut avec une grande pompe au château St.-Louis une grande ambassade des chefs de neuf à dix nations sauvages des pays de l’ouest. Elle protesta de la fidélité des nations qu’elle représentait malgré leurs pertes au feu. Elle demanda des armes pour combattre et des vêtemens pour leurs femmes et leurs enfans. « Les Américains, dirent-ils, prennent tous les jours nos terres ; ils n’ont pas d’âme ; ils n’ont aucune pitié pour nous ; ils veulent nous chasser vers le couchant. » Le gouverneur les exhorta à persévérer dans la lutte. Il exprima tous ses regrets de la mort de Técumseh et de leurs autres chefs, et les renvoya comblés de présens.

La défaite des Américains à Châteauguay ne leur avait pas fait perdre entièrement l’espoir de s’établir dans le Bas-Canada, sur lequel ils firent une nouvelle tentative vers la fin de l’hiver. Le dégel ayant été plus précoce que de coutume, le général Macomb avec une division, partit de Plattsburgh, traversa le lac Champlain sur la glace et s’avança jusqu’à St.-Armand, où il attendit celle du général Wilkinson qui devait diriger une attaque sur Odeltown et le moulin de Lacolle. Les deux corps s’étant réunis, Wilkinson entra à Odeltown à la tête de 5000 hommes sans coup-férir. De là il marcha le 30 mars contre le moulin de Lacolle, défendu par les voltigeurs, les fencibles et d’autres troupes. Mais après l’avoir canonné deux heures et demi inutilement, voyant ses troupes épuisées de froid et de fatigue, il prit le parti de la retraite et retourna à Plattsburgh.

Ce nouvel échec fit changer à l’ennemi le plan de ses opérations dans la campagne qui allait s’ouvrir. Il abandonna ses attaques contre le Bas-Canada, pour porter tous ses efforts contre le Haut, dont l’invasion offrait plus de facilité. Mais ce plan qui présentait moins de danger, laissait aussi moins de résultat. Jusqu’à présent toutes ses entreprises n’avaient abouti qu’à des