Page:Garneau - Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, tome IV, 1852.djvu/111

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
115
HISTOIRE DU CANADA

payer ses frais ayant été rejeté par le conseil comme on devait s’y attendre. Le gouverneur fut alors prié d’envoyer un autre agent à sa place, ce qu’il promit de faire aussitôt que l’on aurait pourvu aux dépenses de sa mission. Les graves accusations portées contre les deux principaux juges du pays, n’eurent aucune suite. Le juge Sewell rendu à Londres non seulement se justifia, mais aidé de l’influence du prince Édouard qui l’avait connu en Canada, conquit les bonnes grâces de lord Bathurst, à tel point que ce ministre le recommanda fortement à son retour à sir J. C. Sherbrooke. M. Sewell, lui disait-il, a eu des rapports avec moi sur les intérêts de la province ; je l’ai toujours trouvé très versé dans les affaires du Canada. Je le recommande d’une manière toute particulière à votre attention comme un homme qui pourra vous être très utile, et dont le jugement et la discrétion égalent les lumières et les talens.[1]

M. Sewell était en effet un homme poli, grave, souple, capable de jouer le rôle qui convenait à la politique du ministère. Quoique ce fût l’ennemi le plus dangereux des Canadiens, il se montrait très affable à leur égard, et rendait avec une affectation marquée le moindre salut du dernier homme de ce peuple. Il fallait à la politique d’Angleterre un homme qui se chargea de la voiler en prenant la direction du parti opposé aux représentans. Il la dirigea jusqu’à la fin de sa vie dans les deux conseils, dans le conseil législatif surtout, où vinrent échouer presque toutes les mesures populaires.

Il n’avait pas trouvé, pendant qu’il était en Angleterre, de moyen plus efficace pour se venger des accusations portées contre lui, que de recommander l’union de toutes les provinces anglaises de l’Amérique du nord, sous un seul gouvernement. Il pressa fortement le prince Édouard d’engager les ministres à adopter le projet qui devait noyer la population française ; il lui en écrivit, et l’on trouve à la fin du rapport de lord Durham sur les affaires du Canada, la lettre du prince par laquelle il l’informe qu’il en parlera au ministre à la première occasion. M. Sewell suggérait d’établir une chambre de 30 membres pour les cinq ou six provinces, et en transmettant son mémoire au prince il lui recommandait de le donner à lord Bathurst sans lui dire d’où il venait.

  1. Lord Bathurst à sir J. C. Sherbrooke partant pour le Canada, 6 mai 1816.