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HISTOIRE DU CANADA.

devant le public. On voulait imiter l’Angleterre ; mais à Londres le ministère qui a ses journaux pour soutenir sa politique, est responsable aux chambres, de sorte que ces journaux ne sont après tout que les organes d’un parti politique qui a la majorité et qui possède le pouvoir pour le moment. En Canada, la responsabilité n’existant pas, et le gouvernement n’étant ostensiblement soutenu par aucune majorité, le journal ministériel loin d’avoir de l’influence devait la perdre du moment qu’il défendait une politique qui ne s’accordait pas avec l’opinion publique, et c’est ce qui arriva.

Cependant MM. Papineau et Neilson étaient reçus à Londres avec tous les égards qu’une métropole peut accorder à une colonie. L’unanimité des Canadiens avait d’abord arrêté le cabinet, et l’avait engagé ensuite à retirer sa mesure. Dès la première entrevue de MM. Neilson et Papineau avec le sous-secrétaire des colonies, M. Wilmot, à Downing Street, ils en eurent l’assurance. Après quelques discussions, ces agens lui dirent qu’ils allaient voir le plus grand nombre possible de membres du parlement pour leur faire connaître l’opposition générale du pays. M. Wilmot feignant de balancer, leur dit enfin : « Restez tranquilles ; ne faites part à personne de ce que je vais vous annoncer ; le gouvernement ne veut pas de fracas dans le parlement au sujet de l’union ; elle ne sera pas amenée dans cette session. » Ils s’empressèrent d’aller communiquer cette réponse à sir James Macintosh, qui les félicita sur la tournure que prenait leur affaire, et qui leur dit qu’ils pouvaient s’en rapporter à la parole du cabinet.

Les agens avaient déjà sollicité l’appui du chef du parti appelé les Saints, composé de méthodistes et autres dissidens ; ils n’allèrent pas plus loin, et sur la demande du secrétaire colonial ils présentèrent un mémoire qui renfermait les raisons du Canada contre la mesure et réfutait celles de ses partisans.[1]

Nous nous étions flattés, disaient-ils, qu’il ne serait pas nécessaire de faire part au gouvernement de nos observations sur une mesure que les neuf-dixièmes des habitans et toutes les autorités constitutionnelles de la colonie répudient comme remplie des plus

  1. Ce mémoire rédigé par M. Neilson aidé de M. Papineau, est l’un de nos papiers d’état les plus noblement, savamment et philosophiquement pensés que l’on trouve dans notre histoire.