Page:Garneau - Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, tome IV, 1852.djvu/46

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
50
HISTOIRE DU CANADA.

influence ils employèrent leurs armes ordinaires, la calomnie. Ils dirigèrent surtout l’hostilité de l’exécutif contre le président de la chambre, et réussirent à lui faire perdre l’élection de Québec sans cependant lui faire perdre son siège, parce qu’il avait été élu dans un comté voisin, par prévision. Ils étaient d’autant plus déchaînés contre lui qu’il passait pour l’un des propriétaires du Canadien, dont les opinions n’étaient pas silencieuses comme celles des autres journaux. Peu de temps après l’élection, il fut retranché de la liste des officiers de milice avec MM. Bédard, Taschereau, Borgia et Blanchet. Son excellence me charge de vous informer, disait le secrétaire du gouverneur à M. Panet, qu’elle a du prendre cette mesure « parce qu’elle ne peut mettre de confiance dans les services d’un homme qu’il a bonne raison de croire l’un des propriétaires d’une publication séditieuse et diffamatoire répandue dans la province avec beaucoup de zèle et qui a spécialement pour mission d’avilir le gouvernement et de créer un esprit de mécontentement parmi ses sujets, ainsi que de dissension et d’animosité entre les deux partis qui les composent. »

À peu près dans le même temps le juge en chef Allcock expirait et était remplacé par le procureur-général Sewell, et celui-ci par un jeune avocat, M. Bowen, au préjudice du solliciteur général Stuart, qui s’était attiré les mauvaises grâces du gouverneur, qui lui ôta même sa charge pour la donner à un avocat qui venait d’arriver dans le pays, M. Uniacke. Ces promotions et ces destitutions extraordinaires faisaient prévoir des orages. À la surprise de bien du monde cependant, le gouverneur ratifia la réélection de M. Panet à la présidence de l’assemblée lorsque le parlement se réunit. Il parla dans son discours de la situation des relations de l’Angleterre avec les État-Unis et des luttes politiques de l’intérieur. Il observa que ce que l’on connaissait de la conduite du gouvernement américain, n’offrait aucun signe de disposition conciliatrice ; que comme l’embargo qu’il avait imposé pesait infiniment plus sur les Américains que sur ceux contre lesquels il était dirigé, il avait été levé pour être remplacé par un acte prohibant toute communication avec la Grande-Bretagne et la France. Comme marque d’hostilité, cet acte était encore plus fortement prononcé que l’embargo lui-même, et si on y joignait le langage tenu par les principaux personnages de la nation, les discussions