Page:Garneau - Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, tome IV, 1852.djvu/45

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


défiance prudente et en mettant sa confiance dans les bienfaits de la Divine Providence, que l’on peut espérer de voir arriver la fin si désirable des maux de la guerre. »

Quant aux difficultés avec les États-Unis, il n’avait rien à communiquer qui put jeter du jour sur la question ; mais il espérait que la sagesse des deux gouvernemens préviendrait les calamités de la guerre entre deux peuples dont les usages, la langue et l’origine étaient les mêmes. Il ne fallait pas pour cela cependant négliger les moyens de défense ; il mettait sa confiance dans la coopération des habitans et la loyauté et le zèle de la milice qui méritait son approbation et fournissait la plus forte raison d’espérer que si le pays était attaqué, il serait défendu comme l’on devait l’attendre d’un peuple brave qui combat pour tout ce qui lui est cher.

Ce langage sur l’attitude de la milice était plus prudent que l’ordre général et ne contenait que la vérité. La réponse de l’assemblée dut faire croire à l’Angleterre qu’elle pouvait compter sur la fidélité des Canadiens malgré les préjugés et les craintes que trahissaient ces appels eux-mêmes.

La question d’exclure les juges et les Juifs de la chambre comme en Angleterre, occupa une grande partie de la session. Les Juifs furent exclus par résolution. Quant aux juges, M. Bourdages présenta un bill que la chambre adopta, mais que rejeta le conseil, qui vit avec une secrète joie le refroidissement ou plutôt la disposition hostile qui se manifestait déjà vers la fin de la session entre sir James Craig et l’assemblée.

Depuis quelque temps ce sentiment prenait de la consistance à chaque fait nouveau qu’on abordait dans la discussion, et l’entourage du gouverneur, aidé des fonctionnaires qui connaissaient maintenant le caractère de leur chef, commença à exciter ses passions avec toute la liberté que semblait appeler son penchant. On s’entendit pour calomnier les Canadiens sur tous les tons et en toutes occurrences, et chaque fois on finissait par trouver moyen de tourner leurs paroles les plus innocentes en paroles séditieuses ou en pensées de trahison. Par ce système on réussit à s’emparer complètement de l’esprit irritable de Craig. Les fonctionnaires savaient qu’il n’y avait aucune chance de changer le caractère de la représentation ; et pour détruire d’avance son