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HISTOIRE DU CANADA

l’ambition des victoires et de la gloire militaire. Ce grand mobile des peuples européens manque presque totalement aux peuples du Nouveau-Monde. Ceux-ci n’ont point acquis les contrées qu’ils occupent par de brillantes victoires ; ils ne sont point venus s’asseoir en conquérans aux foyers d’une civilisation vieillie et dégénérée. Leurs souvenirs historiques ne consistent ni en conquêtes, ni en croisades, ni en châteaux forts, ni en chevalerie. Tout ce mouvement, toute cette pompe guerrière et poétique qui caractérisent la naissance et la formation des nations modernes de l’Europe, sont des événemens inconnus à l’Amérique. Le Nouveau-Monde fut découvert et établi au moment où les formes de la société de l’ancien allaient changer, et où l’homme qui travaille et l’homme qui souffre, formant la masse des peuples, allait commencer à s’agiter pour obtenir un gouvernement fondé sur ses besoins, et qui fût capable de prendre la place d’un gouvernement militaire caractérisé par la noblesse et la chevalerie.

Le mobile des hommes d’aujourd’hui est un intérêt froid et calculateur. C’est le seul de la république américaine. La guerre du Canada après la première ardeur passée, parut une spéculation chanceuse. Aussi craignant de trop s’aventurer, ce peuple marcha-t-il avec précaution ; ce qui fit de la guerre de 1812 une guerre d’escarmouches où il se cueillit peu de lauriers des deux côtés. Engagée comme elle l’était en Europe, l’Angleterre résolut dès l’abord de se tenir sur la défensive, et de marcher en avant seulement lorsque cela serait nécessaire pour mieux assurer le système qu’elle avait adopté. C’était le seul du reste qu’elle pouvait suivre avec les forces qu’elle avait à sa disposition en Amérique. L’immensité de sa frontière coloniale rendait sa situation d’autant plus difficile que le St.-Laurent est fermé une partie de l’année par les glaces, et que la partie de son territoire que baigne l’océan à la Nouvelle-Écosse, était séparée du Canada par des forêts et de vastes territoires inhabités. Le courage des colons eux-mêmes appuyés des secours qu’elle pourrait leur envoyer, devait former la principale barrière.

Le gouvernement des États-Unis ordonna d’enrôler 25 mille hommes, de lever 50 mille volontaires, et d’appeler 100 mille miliciens sous les armes pour la garde des côtes et des frontières. Le général Dearborn, vieil officier de la révolution, fut nommé